ARTPARIS 2008 - Pierre Buraglio
Cette année notre stand sera exclusivement consacré à Pierre Buraglio : une nouvelle série d’œuvres uniques en sérigraphie, “Avec Titien… le passage de la Mer Rouge”, est en préparation à l’atelier.
artparis 2008
du 3 au 7 avril, 11h-21h
stand P26
Eric et Pierre travaillent ensemble depuis longtemps, comme le montre ce discours d’Eric prononcé au vernissage, le 19 janvier 2006 à l’Artothèque de Pessac, d’une exposition de Pierre.
J’ai rencontré Pierre Buraglio pour la première fois à l’Ecole des Beaux Arts de Paris en Mai 68. Le drapeau rouge flottait alors sur l’Ecole. L’Atelier Populaire était en pleine activité.
Nous imprimions des affiches en sérigraphie avec des moyens dérisoires. Les écrans étaient préparés directement à la colle de bouchage ou au drawing gum puis vissés sur des tables ordinaires avec des charnières de portes. On imprimait sur des fins de bobines de papier journal, impropres à passer en machine. Toutes les nuits, des volontaires venaient nous aider à couper les feuilles, les imprimer et à les mettre à sécher sur des cordes avec des pinces à linge. L’atelier, très prolifique, imprimait plusieurs affiches en même temps.

Imprimées par l’Atelier Populaire de l’Ecole des Beaux Arts de Paris
Avant d’être imprimés, les projets étaient votés à l’Assemblée Générale. L’accès était libre, tout le monde pouvait venir et participer. C’est là que je me rappelle le mieux de Pierre. À l’époque il était prochinois et ne manquait jamais de nous rappeler si le projet était ou non conforme à la ligne du Président Mao.
Ces assemblées générales étaient très agitées, la plupart des courants politiques de Mai 68 y étaient représentés. Tout le monde parlait en même temps, c’était désordonné et joyeux. Mais pas sans efficacité !
Après Mai 68, Pierre a fait quelque chose que j’admire beaucoup. Il s’est arrêté de peindre jusqu’en 1974 pour se consacrer à une activité militante. Il a travaillé dans l’imprimerie, sur des rotatives. En cela, il a été fidèle à nos engagements de 1968.
Sans se perdre de vue, nous nous sommes vraiment retrouvés à partir des premiers SAGA, au Grand Palais en 1988. Le SAGA était un salon d’édition créé par les organisateurs de la FIAC. On y voyait principalement de l’édition sur papier, donc beaucoup de gravures et de lithos. Nous avons alors commencé à travailler ensemble, et depuis éditons au moins une pièce par an.
Pierre a vite compris que la sérigraphie lui permettait une souplesse unique au niveau des supports. Et très rapidement nous avons réalisé des projets sur des supports plastique, de récupération, sur métal ou sur verre.

« En 2 CV, Talus », 1999, 20 ex et « En 2 CV », 1997, 30 ex.
Pierre est resté fidèle aux thèmes qui lui étaient chers, le caviardage, la récupération, le réemploi des matériaux du quotidien, les travaux « Avec… » ou « D’après… ». Mais il a su, avec ma complicité admirative, faire des propositions tout à fait nouvelles et innovantes par rapport à l’édition traditionnelle.

« En TGV », 1996, 20 ex, 16×12 cm et 10×12 cm.
Bien souvent, venu discuter d’une nouvelle édition avec lui dans son atelier de Maisons-Alfort, je repartais avec un projet dont j’avais vraiment le sentiment qu’il n’avait jamais encore été réalisé. Je pense à « En TGV », imprimé sur acier galvanisé, « En 2 CV » réalisé sur verre en forme de vitre de 2 CV ou encore « Hommage aux Stella » tiré sur zinc pré patiné, mais je pourrais évoquer bien d’autres projets encore.
Cette exposition est l’occasion de réunir une partie de ce travail, et de rendre par là hommage à la créativité de Pierre Buraglio et à son intérêt pour l’édition. Et également de dire le plaisir que j’ai éprouvé à participer à cette aventure.
Je conserve le sentiment qu’au cours de toutes ces années nous avons réellement fait des propositions innovantes. Et nous savons tous l’importance d’une démarche innovante dans la pratique artistique. Il nous suffit pour cela de porter notre regard sur l’histoire de l’art.

« Hommage aux Stella », 2000, 24 ex, 55 x 75 cm.
Je pense que l’on peut y ajouter quelques mots sur la technique de la sérigraphie. Relativement récente et longtemps mal perçue, elle a beaucoup évoluée ces dernières années. Elle permet d’imprimer sur pratiquement tous les supports et avec une grande variété d’encres.
L’aventure artistique que Pierre et moi-même avons vécue grâce à elle est un témoignage de sa modernité.
Eric Seydoux