La maîtrise des encres - Portrait

Un très bon portrait d’Eric, paru dans l’hebdomaire Réforme du 17-23 mai 2007.

ÉRIC SEYDOUX. Formé à New York, il fut l’un des premiers à faire connaître la sérigraphie d’art en France et à mettre cette technique au service des peintres et des illustrateurs.

La maîtrise des encres
L’homme nous accueille dans son atelier, un grand tablier bleu autour des reins. Un peu voûté, parlant doucement, Eric Seydoux est un personnage discret qui, on le sent, n’aime pas l’esbroufe. Depuis des années, il a mis son savoir-faire au service des artistes, dont beaucoup sont devenus des proches. Un savoir-faire très technique. “La sérigraphie se rapproche du pochoir. Nous fabriquons des écrans sur lesquels est tendue une gaze. Les fils de la gaze, selon qu’ils sont ouverts ou non, créent des réserves qui laissent ou non passer l’encre”. Les choses sont évidemment autrement plus complexes mais le principe est là. L’intérêt de la sérigraphie par rapport à d’autres procédés réside dans la possibilité d’imprimer sur quantité de supports différents : le verre, des papiers mats ou brillants, du métal… Les photos peuvent elles aussi être sérigraphiées.

Eric Seydoux explicite les différentes étapes : la réalisation des écrans, l’ajustement des couleurs, le séchage qui exige une énorme machine. Il parle des différentes encres dont il faut connaître les secrets, des nouveaux produits. “La sérigraphie est très vivante parce que beaucoup d’industriels l’utilisent pour les CD, les voitures, dans le textile, le flaconnage.” Lui a choisi de se consacrer à l’art. Il fait défiler les exemplaires d’atelier d’œuvres d’artistes : Loustal, César Domela, Sempé, Zao Wou-Ki, Garouste, Nan Goldin, Herbin… Utilisée pour des tirage en série, la sérigraphie peut également devenir médium à part entière. Ainsi Frédérique Lucien a-t-elle réalisée des œuvres uniques, sortes de papillons colorisés, qu’Eric a exposées dans son atelier. “J’ai un petit espace galerie. C’est important d’organiser des événements pour se faire connaître”.

De Greenwich Village au Marais.
Car le métier de sérigraphe est mal connu et rare. Ils sont à peine deux à Paris à faire de la sérigraphie d’art, moins de dix dans la France entière. Eric Seydoux travaille seul - “Je suis une TPE, c’est trop coûteux d’avoir un salarié”-, même s’il reçoit très régulièrement des jeunes stagiaires venus d’écoles d’art. Il dit son plaisir de transmettre et revient avec plaisir sur ses propres années d’études.

Eric a étudié à New York, où son père était diplomate. Il travaille avec Dan Stacy, un artiste de Greenwich Village, grâce auquel il s’initie à la peinture. Et puis, c’est le grand retour en France. Un cousin l’introduit dans un atelier, Art Paris, rue Tournefort, dans le Ve arrondissement. “C’était un quartier très populaire à l’époque. On imagine mal aujourd’hui ce que Paris a pu changer”, dit Eric avec une pointe de regret. Nostalgie qui affleure d’avantage encore quand il se met à parler de “la” période de sa vie, Mai 1968. “Quand les événements ont commencé, je suis allé aux Beaux-Arts pour donner un coup de main. J’y ai croisé un client, Guy de Rougemont, qui avait importé des Etats-Unis du matériel de sérigraphie. Ainsi avons-nous pu tirer la première affiche de l’histoire des Beaux-Arts.” Ces fameuses affiches que tout le monde a en tête, comme celle d’un CRS casqué - “CRS SS” - ou encore : “La chienlit c’est lui”.

“Les projets étaient validés par une AG ouverte à tous. J’avais installé trois ou quatre postes de tirage, les ouvriers du livre nous donnaient des fins de bobines de papier, on imprimait dans la nuit, on faisait sécher les affiches sur des fils. On n’arrêtait pas… ” Eric Seydoux, à peine débarqué de New York dans un Paris inconnu, découvre un monde d’artistes. “C’était extraordinaire, tellement vivant. Un moment génial qui ne pouvait pas durer toute la vie… Beaucoup de mon histoire a commencé là.”

La parenthèse se referme. Une autre s’ouvre quand Eric s’installe dans l’atelier de Guy de Rougemont, dans le Marais. “Ce furent des années très drôles, ces années 70. On voyait passer des gens incroyables, qui avaient toujours des solutions pour tout… ” Eric y reste quatre ans, puis prend son envol et inaugure son premier atelier, dans le XIVe arrondissement. Il s’inscrit à la chambre des métiers. En 1980, il se met à travailler avec des illustrateurs, Loustal, Willem, Floc’h, et devient éditeur. “A cette époque, la sérigraphie est apparue comme un objet à la mode, elle a connu un véritable engouement parmi les illustrateurs.” Dans le même temps, naît le salon de l’édition Saga, au Grand Palais. “Ce fut notre première tribune. On crée et, là, on peut montrer au public.”

Le Saga est aussi pour Eric Seydoux l’occasion de rencontrer ou de retrouver des artistes avec qui il inaugure un long compagnonnage : Pierre Buraglio, Claude Viallat, François Bouillon et beaucoup d’autres. Avec eux, il innove et imprime sur du métal, du verre, des matériaux de récupération. Ainsi fait-il vivre les 3 facettes de son métier : la création avec les artistes, la réalisation dans son atelier, l’exposition dans les salons.

L’art de notre temps
Avec Buraglio, Viallat mais aussi Monique Frydman, Stéphane Bordarier pour ne citer que ceux-là, il mène une belle aventure : celle du Souffle à la surface (voir Réforme n°3214), ce livre de 12 sérigraphies qui font écho à des versets bibliques. Eric, armé de ses gants blancs, ouvre délicatement l’ouvrage, si beau. Un retour à ses racines protestantes ? “Je n’ai jamais fréquenté de temples, pas plus que mes parents. Mais je suis fier d’appartenir à ces familles solides, ces lignées de gens énergiques, qui ont joué un rôle important dans la société.”

Et d’évoquer la branche paternelle, ces Seydoux venus de Suisse pour créer des filatures dans le Nord, et la branche maternelle, ces Schlumberger descendants de Guizot. Il y a quelques temps, lors d’une exposition de Monique Frydman “La couleur tissée” au Cateau-Cambrésis, il visite avec émotion l’usine des ses ancêtres. Il se dit un peu dubitatif sur la place des protestants aujourd’hui, dans leur rôle social… Et retourne vite à ses amours, l’art. “Les œuvres sont devenues des événements, par définition fugaces, immatériels, des installations, des vidéos. Que restera-t-il demain dans les musées ?”

Il regrette que les Français, mais aussi les entreprises, soient si peu enclins à constituer des collections privées, contrairement aux Anglais, aux Allemands, aux Américains. Pour lui, les pouvoirs publics devraient encourager et valoriser d’avantage l’achat d’art contemporain. Parce qu’il est reflet - réflexion ? - de notre société, regard, témoignage. Et qu’il est vivant.

Nathalie Leenhardt - Rédactrice en chef de Réforme
www.reforme.net
blog : www.reforme.net/nathalieleenhardt

Repères
1946 : naissance à Paris.
1964 : études à l’Art Students League de New York.
1966 : retour en France.
1974 : ouverture de son premier atelier.
1999 : première participation à la FIAC.

3 réponses à “La maîtrise des encres - Portrait”

  1. seydoux Says:

    comme eric je fais de la serigraphie ….. peut etre un lien inconnu de famille je suis d origine de suisse merci de lui faire part de cet email

  2. caza therese Says:

    Cher Eric, la lecture de ton Blog m’en apprend plus sur l’homme talentueux, modeste et si discret que tu es.
    La sérigraphie d’Art en France (serigraphy, limited editions, comme on dit aux USA et non pas screen printing qui évoque plus l’impression technique) subsiste et garde ses lettres de noblesse grâce à ta grande persévérance et ton amour patient pour les Artistes .
    Tu maintiens à Paris un lieu précieux à la disposition des peintres et des éditeurs . Tu as eu la sagesse et fait le choix de maintenir une petite structure alors que nous les CAZA nous avons cru bon devoir développer et diversifier dans un lourd char d’assaut technologique pour l’art et le marketing publicitaire qui nous a coupé d’un certain art de vivre auquel tu restes attaché, nourrissant tes inspirations.
    Nous restons admiratifs,
    Therese CAZA

  3. galerie arts pluriels, Nantes Says:

    Pourriez -vous me contacter? J’ai l’intention d’éditer en sérigraphie le travail d’une jeune artiste que j’expose en septembre. L’oeuvre originale à reproduire fait 1000 X 1000 et je souhaiterais une impression de 800 x 800 sur un velin d’arche de 1000 X 1000. Est- ce réalisable ? C’est une oeuvre abstraite comportant deux couleurs: noir et rouge.

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